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Peu connu du grand public malgré la réalisation en 1971 d’un mythe absolu du film d’horreur, l’Exorciste, on avait presque oublié ce réalisateur de génie qu’est William Friedkin . Son dernier long métrage, BUG, paru en 2007, ravive la flamme de ce genre souvent casse gueule qu’est le thriller. Une plongée oppressante dans un huit clos tenu à bout de bras par le superbe Michael Shannon (Taking Shelter, Boardwalk Empire).
BUG, titre énigmatique pour un film dont on ne saisit la signification qu’après une heure de visionnage. En amont, l’histoire dépeint la vie d’une jeune femme, Agnès. Sans réelles perspectives, hormis celles des murs du motel sordide où elle réside, les jours défilent sans véritable sens, rythmés par les visites impromptues d’un ex-petit ami à la férocité prononcée. Le récit, empêtré en sa première partie, dans une structure narrative très classique, bascule dès lors que la jeune femme rencontre Peter, un vagabond au profil obscur, mais doté d’un profond humanisme. Il n’en fallait pas plus à la demoiselle pour succomber aux charmes du garçon et s’engager dans une relation passionnée et incandescente.
« Si l’étrange est latent, toujours tapi dans un coin,
c’est qu’il est dissimulé en premier lieu par la romance entre Agnes et Peter »
Le rythme du film monte dès lors crescendo, soutenu par les frasques mystérieuses de Peter, dont la vrai identité va se révéler peu à peu.Toute la subtilité de BUG tient ainsi dans une menace invisible, toujours pressentie mais jamais mis à nue. Friedkin distille de la sorte, une angoisse qui évite les poncifs du genre. Toute en retenue, cette dernière s’empare de l’intrigue, sans que l’on s’en aperçoive forcément, pour ensuite surprendre le spectateur dans des séquences pour le moins pernicieuses. Car si l’étrange est latent, toujours tapis dans un coin, c’est qu’il est dissimulé en premier lieu par la romance entre Agnes et Peter. Ainsi cette idylle tempère en apparence, les affres de deux êtres en totale perdition. Sous l’impulsion des peurs abracadabrantesques de Peter, les deux amants vont alors s’enfermer dans un cocon coupé de la réalité, emportés par la folie de leur passion.
Le film s’engage alors dans une dimension théâtrale. Le décors ne se résume plus qu’à l’appartement d’Agnès, abandonnant le spectateur à la dégénérescence de deux êtres au comportement insensé. Coupés du monde extérieur, rien n’empêche plus Peter d’attirer Agnès dans une réalité construite de toutes pièces par sa schizophrénie. Aveuglée par le charisme de l’homme et de la boisson, la jeune femme entre alors à son tour dans ce monde dévasté par la folie.
« Rarement un film n’avait placé le spectateur dans un tel inconfort »
Tout le savoir faire de mise en scène de William Friedkin intervient alors. Bruitages sonores, images subliminales, dérèglement des filtres de la pellicule, sont autant d’artifices pour signifier une ambiance quasi-irrespirable. Suivre la déperdition psychique des deux protagonistes devient dès lors un véritable enfer pour les nerfs et la raison. Rarement un film n’avait placé le spectateur dans un tel inconfort. Si bien que l’on en vient à souhaiter que tout cela cesse rapidement, pour notre propre bien ainsi que celui des personnages.
Bug dérange, oppresse, surprend, et ce continuellement. Appréhendé d’une manière elliptique, le personnage de Peter ,au diapason de l’angoisse, ne se révèle que par fragments, garantissant au spectateur une stupeur constante. Tel l’insecte qui croupi sous terre, BUG s’immisce là où on ne l’attend pas. C’est bien toute la force de ce film « ovni », singulier et déjà culte, mais terriblement éprouvant. Attention âmes sensibles s’abstenir…


